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TENTATIVES DE DIALOGUE AVEC LES TALIBANS (Le Monde) 21/10/08
Martedi' 21 Ottobre 2008
Tentatives de dialogue avec les talibans en Afghanistan
LE MONDE | 21.10.08 | 15h23 • Mis à jour le 21.10.08 | 17h34
KABOUL ENVOYÉ SPÉCIAL
arfois décrié pour son indécision et une gestion tribale des affaires, le président afghan, Hamid Karzaï, vient de montrer un nouveau visage en offrant, le 30 septembre, une partie du pouvoir aux chefs talibans. Soucieux de préparer la prochaine élection présidentielle, dans un an, en se présentant comme un rassembleur, il s'est inscrit dans une perspective de réconciliation nationale. Néanmoins, les conditions mêmes de ce dialogue sans précédent et ses arrière-pensées suscitent de nombreuses interrogations.
M. Karzaï a tenté, à partir du début 2008, plusieurs voies pour nouer le fil avec les talibans. Finalement, c'est l'un de ses frères, Qayum Karzaï, et le ministre des frontières et des affaires tribales, député de Kandahar, Arif Noorzaï (dont la soeur est mariée à un autre de ses frères), qui lui ont donné accès à la choura (conseil tribal) de Quetta, au Pakistan, où siègent les leaders historiques talibans, dont leur chef, le mollah Omar. L'invitation a été faite par l'Arabie saoudite, à La Mecque, pour une rencontre, sans doute en septembre, entre "religieux et docteurs de la loi".
Selon un conseiller à la présidence afghane, les Saoudiens y ont également convié Nawaz Sharif, ex-premier ministre pakistanais et tombeur de l'ancien président, Pervez Musharraf, avant de quitter la coalition formée avec l'actuel chef de l'Etat, Asif Zardari. La présence de M. Sharif, considéré par le gouvernement afghan comme "l'homme des Saoudiens", a soulevé quelques critiques. Le Pakistan et l'Arabie saoudite ont noué d'étroites alliances depuis la lutte contre l'invasion soviétique en Afghanistan, en finançant et en formant les moudjahidin puis en soutenant le régime taliban alors au pouvoir tout en tenant à distance les Américains. Ils entendent conserver leur influence.
"LA SEULE SOLUTION"
Une dizaine de talibans ont répondu à l'invitation. La délégation présente à La Mecque comprenait d'ex-responsables talibans assignés à résidence à Kaboul et considérés comme modérés tels le mollah Abdul Salam Zaeef, un intellectuel écouté, ex-ambassadeur taliban à Islamabad, ou l'ex-ministre des affaires étrangères taliban, qui fut aussi le secrétaire particulier du mollah Omar, Wakil Ahmad Mutawakil, ou encore le mollah Shahidi, responsable des médias du temps du régime taliban.
Elle comptait aussi des "mollahs de l'intérieur", tel celui connu par son surnom évocateur "rocketi", ancien moudjahid de la province de Zaboul passé côté taliban. D'après le même conseiller de M. Karzaï, un émissaire du chef rebelle afghan Gulbuddin Hekmatyar, du groupe Hezb-e-Islami, qui a revendiqué l'attaque contre les soldats français le 18 août, assistait à la réunion. Hekmatyar, ancien chef moudjahid, qui fut l'homme des Pakistanais et des Américains lors de la guerre contre les Soviétiques, s'est allié aux talibans, mais lorgne aussi sur la direction du pays. Selon des diplomates américains à Kaboul, son éventuelle participation à la présidentielle pourrait faire décroître l'insécurité dans tout l'est du pays.
Enfin, la rencontre a rassemblé des membres de la choura de Quetta, ce qui a pu laisser croire qu'une brèche avait été ouverte dans le front uni des talibans. Mais le mouvement islamiste a aussitôt démenti sur son site, La Voix du djihad, toute coopération avec le gouvernement afghan, et indiqué que "le départ des forces étrangères est la seule solution pour résoudre les problèmes de l'Afghanistan".
Ghulam Jelani Popal, sous-ministre de la gouvernance et proche de M. Karzaï, estime pour sa part qu'"il faut bien évaluer avec qui on parle, mais les représentants d'Al-Qaida ne seront jamais au sein du gouvernement". "Les bons talibans, poursuit-il, ce sont ceux qui combattent pour des raisons économiques, il y aura toujours un problème avec ceux qui nous attaquent pour des raisons religieuses." Houmayoun Tandar, adjoint au conseiller à la sécurité nationale du président Karzaï, se demande quant à lui si "les talibans sont réellement prêts à négocier".
Jacques Follorou
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Chronologie
1994 : apparition du mouvement des talibans (étudiants en religion). Ils appartiennent à l'ethnie pachtoune, majoritaire en Afghanistan.
1996 : prise de Kaboul, le régime rétrograde des talibans n'est reconnu que par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.
2001 : chute du régime des talibans qui avaient accueilli Oussama Ben Laden et la nébuleuse terroriste Al-Qaida.
2004 : reprise des opérations militaires des talibans, contre le gouvernement afghan et ses alliés de l'OTAN.
2008 : le président Hamid Karzaï adresse une offre de paix aux talibans.
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